Une interaction entre le CBD et un médicament survient lorsque le cannabidiol modifie la façon dont l'organisme élimine ce médicament : son efficacité peut baisser, ou ses effets indésirables augmenter. L'ANSM a publié une mise en garde le 11 mars 2025, accompagnée d'une liste non exhaustive des molécules concernées.
En résumé
- Les produits à base de CBD ne sont pas des médicaments, mais le cannabidiol est une substance active qui peut modifier l'effet d'un traitement en cours.
- L'ANSM recense dix-sept classes de médicaments concernées, des anticoagulants aux antiépileptiques en passant par la méthadone et plusieurs antidépresseurs.
- Toutes les formes sont concernées, huile, tisane, bonbon ou e-liquide, et la seule conduite fiable est d'en parler à son médecin ou à son pharmacien avant d'en prendre.
Ce que dit l'ANSM sur le mélange CBD et médicaments
Le 11 mars 2025, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a publié une actualité intitulée « Mélanger CBD et médicaments, ce n'est jamais anodin ». Elle y rappelle une chose que la vente libre fait facilement oublier : un produit contenant du CBD n'est pas un médicament, mais le cannabidiol qu'il renferme reste une substance active, capable d'interagir avec un traitement prescrit.
Les chiffres avancés par l'agence donnent la mesure du phénomène. Entre 2017 et 2023, les centres antipoison ont recensé 58 cas d'interactions entre des médicaments et du CBD. Sur la seule période 2021-2022, les centres régionaux de pharmacovigilance et les centres d'addictovigilance ont documenté 4 cas graves. L'ANSM précise elle-même que ce nombre est probablement fortement sous-évalué, ce qui s'explique aisément : un patient qui achète du CBD pour son bien-être ne pense pas toujours à le signaler à son médecin, et un effet inattendu est alors attribué au médicament plutôt qu'au produit consommé à côté.
Cette mise en garde est consultable directement sur le site de l'ANSM. Elle relève de l'addictovigilance, c'est-à-dire de la surveillance des substances psychoactives, et non d'une procédure de retrait ou d'interdiction : le CBD reste en vente libre en France, dans le cadre décrit sur notre page consacrée à la réglementation du CBD en France.
Comment le CBD modifie l'effet d'un médicament
Le mécanisme le mieux documenté passe par le foie. Une grande partie des médicaments y sont transformés par une famille d'enzymes, les cytochromes P450, dont les plus sollicitées portent les noms de CYP3A4 et CYP2C19. C'est là que se joue le métabolisme du médicament, c'est-à-dire sa transformation avant élimination. Le cannabidiol emprunte les mêmes voies et vient inhiber ces enzymes : il les occupe, ralentit la dégradation du médicament, et la concentration de celui-ci dans le sang augmente alors qu'aucune dose n'a changé. Un traitement parfaitement équilibré depuis des mois peut ainsi se mettre à produire des effets plus marqués, ou des effets indésirables jusque-là absents.
L'inverse existe aussi. Certaines molécules accélèrent au contraire le travail de ces enzymes, et une interaction médicamenteuse peut donc jouer dans les deux sens : le CBD modifie le sort du médicament, et le médicament modifie celui du CBD. C'est pourquoi l'ANSM écrit que l'utilisation simultanée peut aussi bien réduire l'efficacité d'un traitement qu'augmenter ses effets indésirables.
Une seconde voie, plus simple, se superpose à la première. Le cannabidiol n'est pas psychoactif au sens où l'est le THC, mais il peut provoquer de la somnolence et de la fatigue. Lorsqu'il s'ajoute à un médicament au profil sédatif, benzodiazépine, hypnotique, antihistaminique ou antalgique opioïde, les deux effets se cumulent sans qu'aucune enzyme ne soit en cause. C'est l'explication la plus fréquente des vertiges et de la baisse de vigilance rapportés par les personnes qui associent les deux, et elle vaut aussi lorsque de l'alcool s'y ajoute.
Deux conséquences pratiques en découlent, et elles sont souvent mal comprises. La première : décaler la prise de CBD de quelques heures par rapport à celle du médicament ne résout rien, parce que l'inhibition enzymatique se prolonge bien au-delà du moment de la prise. La seconde : l'effet ne dépend pas seulement de la quantité consommée. L'ANSM souligne qu'une interaction peut survenir que la consommation ait commencé depuis quelques heures ou depuis plusieurs mois, et quelle que soit sa fréquence.
Les classes de médicaments citées par l'ANSM
L'agence publie une liste des médicaments avec lesquels le cannabidiol est aujourd'hui connu pour interagir. Elle appelle à la vigilance au-delà de cette liste, d'autres interactions n'étant probablement pas encore identifiées.
| Classe | Molécules citées |
|---|---|
| Analgésiques | tramadol, morphine, diflunisal |
| Anesthésiques généraux | propofol |
| Antiarythmiques | digoxine |
| Anticoagulants | warfarine, coumarines, fluindione, dabigatran |
| Hypolipémiants | gemfibrozil, fénofibrate, statines |
| Antidiabétiques oraux | répaglinide |
| Hormones thyroïdiennes | lévothyroxine |
| Immunosuppresseurs | évérolimus, tacrolimus, sirolimus |
| Inhibiteurs de la pompe à protons | oméprazole, ésoméprazole |
| Antibiotiques | rifampicine, rifabutine |
| Antifongiques | griséofulvine |
| Myorelaxants | tizanidine |
| Antidépresseurs | amitriptyline, citalopram, escitalopram, bupropion |
| Antiépileptiques | acide valproïque, lamotrigine, phénytoïne, carbamazépine, oxcarbazépine, phénobarbital, topiramate, stiripentol |
| Antipsychotiques | clozapine, lithium |
| Hypnotiques et benzodiazépines | zolpidem, ramelteon, tasimelteon, clobazam, lorazépam |
| Traitement de substitution des opiacés | méthadone |
Trois familles méritent une attention particulière. Les anticoagulants, d'abord, parce que leur marge de sécurité est étroite et qu'une variation de concentration augmente le risque de saignement. Les antiépileptiques, ensuite : le cas est bien documenté, puisque le seul médicament à base de cannabidiol autorisé en Europe est précisément indiqué dans certaines formes rares d'épilepsie, et que ses interactions avec le clobazam et l'acide valproïque ont été étudiées pendant son développement. La méthadone, enfin, dont le dosage est ajusté patient par patient dans le cadre d'un traitement de substitution.
Toutes les formes de CBD sont concernées
Le CBD est commercialisé en France sous des formes très variées depuis 2015 : huiles buvables, tisanes, bonbons, gâteaux, e-liquides pour cigarette électronique, comprimés. L'ANSM est explicite sur ce point, les effets peuvent se produire quelle que soit la forme consommée. Une infusion de chanvre prise le soir n'est donc pas exempte de risque au motif qu'elle paraît anodine, et une huile de CBD dosée avec précision n'est pas la seule concernée.
Ce point est important parce que la perception du risque suit souvent la forme du produit plutôt que sa teneur en cannabidiol. Un flacon d'huile évoque un usage sérieux et mesuré, un bonbon ou une tisane évoquent la gourmandise. La quantité de CBD réellement absorbée, elle, dépend du dosage du produit et de la quantité consommée, pas de son apparence. La même vigilance s'impose donc pour l'ensemble de la gamme, y compris les produits utilisés de façon occasionnelle.
Les signes qui doivent alerter
L'ANSM énumère les symptômes devant conduire à arrêter la consommation et à consulter : nausées, diarrhées, vertiges, somnolence, fatigue, maux de tête, idées et comportements suicidaires, ou crise d'épilepsie. Un signal plus discret mérite la même attention : le sentiment que le traitement habituel agit différemment, plus fort ou moins fort, depuis le début de la consommation de CBD.
- Une somnolence inhabituelle en journée, en particulier si le traitement comporte déjà un hypnotique, une benzodiazépine ou un antalgique opioïde.
- Des vertiges ou une sensation d'ébriété sans cause identifiée.
- Des troubles digestifs persistants, nausées ou diarrhées, apparus après le début de l'utilisation.
- Un traitement qui semble avoir perdu de son efficacité alors que rien d'autre n'a changé.
- Chez une personne épileptique, la réapparition de crises qui étaient contrôlées.
Aucun de ces signes ne prouve à lui seul une interaction médicamenteuse, et plusieurs sont des effets indésirables connus du cannabidiol pris isolément. C'est leur apparition concomitante avec le début de la consommation qui doit faire poser la question à un professionnel de santé, médecin ou pharmacien.
Vos questions sur le CBD et un traitement en cours
Faut-il arrêter son traitement pour prendre du CBD ?
Non, et c'est même le seul point sur lequel il ne faut jamais improviser : un traitement prescrit ne s'interrompt pas et ne se modifie pas sans avis médical, quelle que soit la raison. Si la question du CBD se pose, c'est le produit de bien-être qui se discute avec le médecin, pas la prescription.
Le risque dépend-il de la dose de CBD consommée ?
La quantité joue, mais elle n'est pas le seul facteur. L'ANSM indique que les effets peuvent survenir quelle que soit la fréquence de consommation et quelle que soit son ancienneté, quelques heures comme plusieurs mois. Aucun seuil en dessous duquel une interaction serait exclue n'est établi à ce jour.
Un produit sans THC évite-t-il les interactions ?
Non. L'interaction décrite par l'ANSM est le fait du cannabidiol lui-même, pas du THC. Un isolat de CBD réduit d'autres risques, notamment lors d'un contrôle routier, mais il ne change rien à l'effet du cannabidiol sur les enzymes du foie.
Le CBD est-il un médicament ?
Les produits de bien-être contenant du CBD ne sont pas des médicaments et ne peuvent revendiquer aucune indication thérapeutique. Il existe par ailleurs un médicament à base de cannabidiol, autorisé en Europe pour certaines épilepsies rares, délivré sur ordonnance : c'est un produit différent, dosé et encadré comme tel.
À qui signaler un effet indésirable ?
Un effet indésirable survenu après la consommation d'un produit contenant du CBD se signale à son médecin ou à son pharmacien, qui peut le déclarer au centre régional de pharmacovigilance. C'est ce circuit de surveillance qui alimente les données d'addictovigilance sur lesquelles reposent les alertes de l'agence.
Que faire si vous suivez un traitement
La conduite à tenir tient en trois gestes, et elle est la même que l'on envisage d'utiliser du CBD ou que l'on en consomme déjà.
- Signalez votre consommation. Dites à votre médecin que vous prenez ou envisagez de prendre un produit contenant du CBD, en précisant la forme et le dosage. Il en tiendra compte pour votre traitement, et cette information change parfois la lecture d'un bilan biologique.
- Demandez conseil à votre pharmacien. Il a accès à l'ensemble de vos délivrances et sait vérifier rapidement si l'une de vos molécules figure parmi les classes à risque d'interaction.
- Réagissez à un changement. Si un effet indésirable apparaît ou si le traitement semble agir différemment, arrêtez la consommation de CBD et consultez, sans attendre de voir si cela passe.
Une précaution supplémentaire s'applique à certaines situations : la grossesse et l'allaitement, que nous détaillons sur notre page dédiée aux précautions liées au CBD pendant la grossesse, ainsi que toute pathologie hépatique, le foie étant justement l'organe où se joue l'essentiel de ces interactions. D'autres questions courantes sur l'utilisation du cannabidiol sont regroupées dans notre FAQ sur le CBD.
Cette page a une vocation d'information et ne remplace pas un avis médical. Elle reprend une mise en garde publiée par l'agence sanitaire française chargée de la sécurité des produits de santé ; seul un professionnel de santé connaissant votre dossier peut se prononcer sur votre situation.









